Interview : les trucs de François Beaufort (Google France) pour bien préparer ses présentations


Google I/O 2016 a été riche en rencontres pour SFEIR, qui a ramené de Californie de nombreuses interviews. En voici une en français, pour changer.Elle est axée sur les problématiques à prendre en compte pour bien réussir une présentation en public. Voici donc l’interview de François Beaufort.

SFEIR : Bonjour François, est-ce que tu peux te présenter rapidement et nous expliquer ton rôle chez Google ?

François Beaufort : Je m’appelle François Beaufort, je suis basé à Paris et je m’occupe des relations avec tous les développeurs intéressés par les nouvelles APIs Web.

Pourrais-tu nous expliquer le processus qui t’as amené à être speaker pour ce Google I/O ?

François Beaufort : Il y a deux manières de se retrouver là : soit tu as envie et tu y vas parce que tu as un truc à dire qui va intéresser du monde, soit – et c’est mon cas – tu es juste super intéressé par un projet, et au bout d’un moment, ton manager débarque et te dit “François, il faut absolument que tu ailles à Google I/O”. J’ai demandé si j’étais obligé, il m’a répondu oui, et donc me voilà !

Mais vous n’avez pas de “call for paper” chez Google ?

François Beaufort : Si, tu vas effectivement proposer tes idées, dire de quoi tu veux parler et ensuite les managers regardent si c’est cohérent avec les thèmes de l’année. Tout se déroule en interne et cette année on avait énormément de propositions, ce qui a donné une trentaine de sessions Web ! Personnellement, je savais un mois avant l’évènement que j’allais y parler de Web Bluetooth.

Comment on se prépare à ce genre de talk ?

François Beaufort : Dans mon cas, on était deux, ce qui est pas mal. Pendant 2 à 3 jours avant l’évènement, tu fais une répétition complète, démos comprises. Le truc rigolo c’est qu’à chaque fois, tu vas changer des trucs et voir ce qui fonctionne ou pas dans la présentation. Mais ça n’empêche pas les couacs : j’ai dû faire 20 fois, dont 10 aujourd’hui, une manip qui a quand même plantée pendant la présentation…

Vous avez une audience quand vous vous préparez comme ça ?

François Beaufort : Oui, une fois sur deux en gros, et c’est vraiment bien. Tu as 4 ou 5 personnes de Google devant toi, qui ne vont pas manquer de te dire “It’s amazing!” à la fin, c’est très américain… Mais tout de suite après, ils ne vont pas hésiter à pointer tous les défauts de la présentation ! Et ça c’est très dur à encaisser, mais super efficace !

Qu’est-ce que tu penses de cette édition de Google I/O ? »

François Beaufort : C’est ma troisième participation, et franchement, c’est génial de faire ça à Shoreline. Il fait super beau, on est dehors, on n’est pas confiné dans des locaux… En plus j’ai rencontré plein de gens que je ne pensais pas rencontrer, des devs de chez Logitech, des développeurs indépendants… Il y a des gens qui viennent me voir et me font “Regarde François, j’ai fait cet objet Bluetooth, il fait ça et ça, j’ai même intégré le Physical Web !” Génial quoi, des rencontres super enrichissantes. Les talks on peut les regarder à la maison, mais il faut venir à Google I/O pour les rencontres.

Tu aurais un conseil pour les futurs speakers qui vont débuter ?

François Beaufort : C’est basique, mais il faut maitriser son talk sur le bout des doigts. C’est super important parce qu’il va forcément y avoir un moment où tu vas être déstabilisé, il va y avoir un imprévu et il faut pouvoir enchainer. Les notes aident aussi à repartir. Les super bons n’ont pas besoin de tout ça, mais les plus impressionnants, ce sont ceux qui prennent carrément des cours de comédie. Alors là, c’est pratiquement un show.

Un autre truc bien, quand on fait plusieurs fois un talk, c’est que l’on connait déjà un peu les questions qui seront posées. Et du coup, c’est un gros plus de préparer ses réponses, ou des éléments de réponse, en amont.

Si on caricature, on peut dire qu’il y a deux catégories de speakers : ceux qui répètent le plus possible avant et ceux qui aime bien garder une part d’improvisation. Tu te places dans quelle catégorie ?

François Beaufort : Moi, comme je ne suis pas en confiance et pas un bon speaker, il faut que je connaisse mon texte par coeur. Surtout si c’est en anglais ! J’écris mon script, je le “joue”, je me rends compte de tout ce qui ne passe pas à l’oral et je le retravaille pour avoir des pauses, des transitions qui tiennent la route, etc.

La dernière question concerne le syndrome de l’imposteur, qui peut toucher un peu tout le monde. As-tu déjà eu ce problème, pour les conférences justement?

François Beaufort : Carrément. Je n’ai pas du tout confiance en moi, d’une manière générale. Je vais toujours me dire qu’il y a meilleur que moi. Mais le bon point, c’est que du coup, tu as une sorte de modèle, tu veux être “ce mec-là”, et tu bosses pour. Même si tu sais que derrière, il y en aura un autre. C’est ce qui te permet de progresser. Mais c’est aussi ce qui m’oblige à bosser mes slides à fond. Pour moi, à moins d’avoir un ego en acier, c’est un problème qui peut devenir un point positif s’il est géré correctement.

Merci pour tes réponses François.

C’était avec plaisir !

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