Interview | Le Scrum en équipe multiculturelle

Scrum en équipe multiculturelle

Une interview de Kamécol Sylva, par le Sfeirien Thierry Trepied, à l’occasion de son séjour au Japon. Au programme de cette discussion : comment applique-t-on le Scrum avec des équipes d’horizons différents ?

Bonjour Kamécol ! Comme le veut la coutume, peux-tu te présenter ?

Avec plaisir ! Je m’appelle Kamécol, je suis Product Owner depuis environ 4 ans maintenant et Sferien depuis seulement un an. Ayant un fort attrait pour les nouvelles technologies, le web design et le sport, je fais tout pour merger mes passions avec mon travail quotidien. Et ça fonctionne très bien !

Sport ? Mêlée ? tu fais référence au Scrum n’est-ce pas ?

Exactement !

Je fais volontairement l’analogie entre sport et Scrum car il important de rappeler que le Scrum, avant d’être un framework agile, est un symbole sportif auquel on fait référence dans beaucoup de sports collectifs lorsque l’on est en quête de performance et de succès.

Au lieu de n’être qu’un simple process, où l’on suit méthodiquement une série d’étapes séquencées supposant garantir la création d’un produit hautement qualitatif, Scrum est un cadre permettant d’organiser et manager son travail avec comme maîtres mots : l’écoute, l’adaptation, la cohésion et la communication. Mixez ces quelques mots et vous obtiendrez une mêlée aussi solide et efficace que celle des All Blacks pendant une coupe du monde de Rugby !

Aujourd’hui, quand tu interviens, as-tu le sentiment que tes interlocuteurs voient les choses sous cet angle ?

Généralement non, et je trouve ça vraiment dommage. J’ai le sentiment qu’ils ont tendance à oublier qu’avec cette méthode de travail, s’il y a bien une devise dont on doit se souvenir c’est « un pour tous et tous pour un !». Quand on travaille en équipe on se doit de faire passer l’intérêt commun avant l’intérêt propre si l’on souhaite atteindre les objectifs qui ont été fixés.

À quoi cela pourrait-il être dû selon toi ?

Je dirais que c’est bien souvent à cause d’une mauvaise communication. En effet, beaucoup négligent l’importance d’une bonne communication et ne mesurent pas qu’elle détient un rôle capital dans la bonne conduite d’un projet. Les informations circulent difficilement, on se satisfait d’une communication par e-mail alors que l’on sait que plus de 70 à 80% d’un message passe par le langage corporel, on continue à produire de la documentation en conséquence tout en ayant à l’esprit « qu’une image (ou un schéma) vaut mille mots », on ose difficilement parler des blocages auxquels nous faisons face de peur d’être jugés par nos collaborateurs, etc.

Les exemples sont multiples et vont bien souvent dans ce sens, même s’ils peuvent être la résultante d’autres facteurs. Néanmoins, gardons à l’esprit que la communication est le point vital de notre méthode de travail.

Peux-tu nous parler de ta dernière mission ?

J’ai intégré le projet Axa Life Japan à Tokyo pour une durée d’un mois en tant que Product Owner. La mission consistait à migrer le site web de l’entreprise qui utilisait une version obsolète du CMS vers la nouvelle, plus simple d’utilisation et plus performante. Pour cela, j’avais une équipe de 12 personnes à disposition, dont 5 Japonais, 2 Américains, 2 Français avec qui j’ai fait le voyage et un Indien. En plus de migrer ce site dans un délai aussi court, je devais promouvoir la méthodologie Scrum auprès de l’équipe sur place, à la demande du client. Donc en plus du rôle de PO, il a fallu que j’endosse celui de coach agile et de Scrum Master. Pas facile, surtout avec un chrono qui ne joue pas en notre faveur.

Sacré challenge de fédérer autant d’acteurs d’horizons différents autour de ce projet, non ?

Effectivement. En plus d’initier nos nouveaux collaborateurs à une « nouvelle » méthode de travail, il a fallu très vite se familiariser avec les pratiques locales, analyser les comportements, les compétences et le caractère de chacun des acteurs et adapter nos méthodes pour le bon déroulement des opérations, et ce, dès notre arrivée dans les locaux de l’entreprise. Ayant quelques connaissances sur les us et coutumes du pays, je ne m’attendais pas à voir les collaborateurs japonais prendre la parole spontanément au Stand Up de 10h quand la modestie est de rigueur et qu’il est mal vu de se mettre en avant. Comme ils s’expriment peu, et ne font connaître leurs pensées qu’au compte-goutte, il est parfois difficile de communiquer avec eux. Il fallait absolument que j’agisse.

J’ai donc décidé de régulièrement les prendre à part, tout au long du projet, pour monter des ateliers ludiques autour de la prise de parole en public. Tout ça pour faciliter la communication entre nous, tisser des liens et les rendre indispensables sur le projet dans la mesure où une fois notre team revenue en France, ils devront maintenir cette organisation pour que l’on puisse continuer à travailler ensemble à distance. L’important est qu’ils soient eux même capables de transmettre ce qu’ils ont appris sans avoir à nous consulter en permanence. C’est compliqué d’être réactif avec un décalage horaire de 8h ! (rire)

Cela t’a-t-il prit beaucoup de temps ?

Pas tant que ça, dans la mesure où la majeure partie de cette tâche s’effectue en dehors du temps de travail. Il est beaucoup plus simple d’apprendre à connaître ses collaborateurs autour d’un repas ou d’un verre plutôt que dans l’open space. Comme il est d’usage au Japon d’inviter au restaurant les nouveaux arrivants, j’en ai évidemment profité pour échanger avec les membres de l’équipe, apprendre les codes sociaux, professionnels et leur faire part des nôtres. Une fois nos différences prises en compte il a été beaucoup plus simple de se comprendre et de travailler ensemble tant ils se sont sentis respectés et honorés par cette démarche. Ce qui nous a, par la suite, permis de ne réaliser que 5 ateliers “prise de parole” sur le temps de travail.

Quels sont les aspects positifs que tu retiendras de cette expérience ?

Il y en a énormément ! Par exemple, j’ai adoré le fait que la société japonaise soit fondée sur l’idée de groupe, à l’inverse des sociétés occidentales qui elles se concentrent sur l’individu. Dans la pratique quotidienne du Scrum, on constate que c’est un réel avantage.

Autre gros plus, leur efficacité et leur minutie dans l’exécution de ce qu’ils viennent tout juste d’apprendre. J’ai été étonné de voir avec quelle efficacité ils ont pu se familiariser au Scrum une fois la méthodologie assimilée. Au bout d’une semaine et demie, j’avais l’impression de travailler avec une équipe ayant déjà un background agile.

Quelques mots sur les difficultés rencontrées ?

L’anglais c’est bien, mais au Japon ça sert moins qu’ailleurs (rire) ! La langue, comme bien souvent, fait partie des barrières qu’il faut vite surmonter. J’ai dû apprendre quelques mots de vocabulaire pour me faire comprendre, mais heureusement, je pouvais aussi compter sur certains membres de l’équipe japonaise pour comprendre l’anglais et faire la traduction en japonais quand c’était nécessaire.

Ensuite il y a le rythme de travail, qui est assez soutenu. Il nous est arrivé de faire du 9h – 23h plusieurs fois par semaine ! C’est vraiment très dur quand on n’a pas l’habitude, mais on leur pardonne vite à partir du moment où ils nous offrent un bon repas et qu’ils nous emmènent aux sources d’eau chaudes le week-end pour récupérer (rires) !

Et avec tout ça, le site a-t-il pu être migré dans les temps ?

Totalement, et même avec une semaine d’avance sur la date prévue ! Quand je dis qu’on a été très efficace (rire) !

Merci d’avoir fait part de ton expérience Kamécol !

Merci, c’était un plaisir !

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